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La durée du travail au Brésil : la CLT et le pointage électronique

••Par Florian•9 min de lecture
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Le Brésil est l’un des rares pays où la loi ne se contente pas d’autoriser le pointage : elle décrit l’appareil. La CLT impose l’enregistrement de la durée du travail au-delà d’un certain effectif, et une ordonnance de 2021 précise exactement ce que doit faire un enregistreur conforme, y compris dans sa version entièrement logicielle.

Cette combinaison rend le Brésil particulièrement structurant pour le choix d’un outil de suivi du temps. Bien fait, votre relevé devient une preuve. Mal fait, la jurisprudence établie présume vraie la version du salarié sur ses propres heures.

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#Référence rapide

RègleValeurRéférence
Durée hebdomadaire normale44 heures ; 42 à partir de la mi-décembre 2026, 40 à partir de la mi-décembre 2027Constitution, art. 7, XIII ; EC 141/2026
Durée quotidienne normale8 heuresConstitution, art. 7, XIII
Plafond d’heures supplémentaires2 heures par jourCLT, art. 59
MajorationAu moins 50 pour cent sur l’heure normaleConstitution, art. 7, XVI
Repos entre deux journées11 heures consécutivesCLT, art. 66
Repos hebdomadaire24 heures consécutives, en principe le dimanche ; 2 jours à partir de la mi-décembre 2026CLT, art. 67 ; Constitution, art. 7, XV
Pause dans la journée1 à 2 heures au-delà de 6 heures ; 15 minutes entre 4 et 6CLT, art. 71
Congés annuels30 jours, plus le tiers constitutionnelCLT, art. 129 et 130
Tolérance de pointage5 minutes par pointage, 10 minutes par jourCLT, art. 58, § 1
Seuil d’obligation d’enregistrementPlus de 20 salariésCLT, art. 74, § 2
Règles du pointage électroniqueREP-C, REP-A, REP-PPortaria 671/2021

#Les règles centrales

#De 44 à 40 heures

Le standard constitutionnel était de 8 heures par jour et 44 heures par semaine, et les 44 heures restent applicables jusqu’à la mi-décembre 2026. L’amendement constitutionnel 141, promulgué le 16 octobre 2026 pour mettre fin au rythme 6x1 (six jours de travail, un jour de repos), réduit la limite hebdomadaire en deux étapes : 42 heures deux mois après sa publication (mi-décembre 2026), puis 40 heures un an plus tard (mi-décembre 2027), sans aucune baisse de salaire. D’ici la première étape, un schéma courant consiste à travailler 8 heures du lundi au vendredi plus 4 heures le samedi, ou à répartir ces quatre heures sur la semaine pour libérer le samedi.

Tout ce qui dépasse la durée contractuelle normale est une hora extra. Le plancher constitutionnel est de 50 pour cent au-dessus de l’heure normale, et la négociation collective peut fixer une majoration plus élevée. Le travail du dimanche et des jours fériés qui n’est pas compensé par un autre jour de repos est payé double (Lei 605/1949, art. 9, et Súmula 146 du TST).

#Le plafond de deux heures

L’article 59 plafonne les heures supplémentaires à deux heures par jour. C’est une limite portant sur la journée elle-même, et pas seulement sur ce qui est payable : une journée de 12 heures ne devient pas licite parce qu’elle est rémunérée.

#Le banco de horas

Plutôt que de payer les heures supplémentaires, l’employeur peut les capitaliser et accorder du repos plus tard. L’article 59 le permet par :

  • un accord individuel écrit, avec compensation dans les six mois (§ 5), ou
  • une convention collective, avec un délai porté à douze mois (§ 2).

Les heures capitalisées doivent être compensées heure pour heure dans le délai. À défaut, elles redeviennent des heures supplémentaires dues avec la majoration, ce qui est la façon habituelle dont un banco de horas mal suivi se transforme en passif.

#Les repos

  • Entre deux journées (art. 66) : 11 heures consécutives. Les horaires coupés et une fin tardive suivie d’une prise de poste matinale le rompent facilement.
  • Hebdomadaire (art. 67) : 24 heures consécutives, en principe le dimanche. À partir de la mi-décembre 2026, l’amendement constitutionnel 141 porte le repos hebdomadaire rémunéré à deux jours, dont l’un de préférence le dimanche (Constitution, art. 7, XV) ; une convention ou un accord collectif peut répartir ces deux jours en moyenne sur le mois civil, à condition qu’au moins un jour de repos tombe dans chaque semaine de travail.
  • Dans la journée (art. 71) : une pause d’au moins 1 heure et, sauf accord écrit ou convention collective contraire, d’au plus 2 heures lorsque la journée dépasse 6 heures, et de 15 minutes lorsqu’elle se situe entre 4 et 6 heures. La négociation collective peut réduire la pause longue, sans descendre sous 30 minutes.

Depuis la réforme de 2017, ne pas accorder l’intégralité de la pause n’oblige à payer que la portion supprimée, majorée de 50 pour cent, et ce paiement a une nature indemnitaire et non salariale.

#Congés annuels

Trente jours calendaires par période de douze mois (moins si le salarié a plus de cinq absences injustifiées, art. 130), plus le tiers constitutionnel. Depuis 2017, avec l’accord du salarié, les congés peuvent être fractionnés en trois périodes au maximum, dont l’une d’au moins 14 jours, aucune ne pouvant être inférieure à 5 jours.

#L’enregistrement du temps : qui, et comment

#Le seuil

L’article 74, § 2 impose l’enregistrement du temps de travail dans les établissements de plus de 20 salariés. Le seuil était de 10 ; il a été porté à 20 en septembre 2019. La loi raisonne par établissement, mais en mai 2026 une chambre du TST a retenu l’effectif de l’entreprise entière plutôt que celui de la seule filiale (Septième chambre, RR-604-85.2018.5.21.0012).

En dessous, l’enregistrement n’est pas obligatoire. Au-dessus, il l’est, et le relevé doit montrer des horaires réels, non un planning pré-imprimé que tout le monde signe. La pause peut être pré-inscrite au lieu d’être pointée, et un accord individuel écrit ou un accord collectif peut autoriser l’enregistrement des seules exceptions à l’horaire habituel (ponto por exceção, art. 74, § 4).

#La Portaria 671/2021

La Portaria 671/2021 a consolidé les anciennes ordonnances 1.510/2009 et 373/2011 en un texte unique et reconnaît trois types d’enregistreur électronique :

TypeDe quoi il s’agitConvention collective requise
REP-CPointeuse matérielle classique avec imprimanteNon
REP-ASystème alternatif adopté par convention collectiveOui
REP-PLogiciel exécuté sur un serveur ou dans le cloud ; les pointages peuvent venir du web ou d’applications mobilesNon

Le REP-P est la voie du logiciel. Un pointage logiciel, y compris par application mobile, est une option pleinement conforme et ne requiert aucun accord syndical, à condition de remplir les conditions techniques, parmi lesquelles : enregistrement du programme auprès de l’INPI, génération de l'Arquivo Fonte de Dados (AFD) avec signature numérique, remise d’un justificatif au salarié à chaque pointage, et Atestado Técnico e Termo de Responsabilidade du développeur.

Le justificatif électronique doit être un PDF signé, accessible au salarié après chaque pointage sans qu’il ait à le demander, et l’employeur doit permettre l’extraction des justificatifs des 48 dernières heures au minimum (art. 80).

Un point à clarifier, car la distinction se brouille facilement : un outil de suivi du temps généraliste n’est pas automatiquement un REP-P. Timesheet enregistre la durée du travail, les pauses et les heures supplémentaires et exporte ces relevés, ce qui sert au contrôle interne, au calcul du coût des projets et à toute personne hors du champ du REP. Un établissement au-dessus du seuil de 20 salariés qui enregistre le temps par voie électronique a besoin d’un système conforme aux conditions techniques de la Portaria et devrait le confirmer auprès de son fournisseur plutôt que de le supposer.

#La tolérance de cinq minutes

L’article 58, § 1 tolère une variation allant jusqu’à 5 minutes par pointage, dans la limite de 10 minutes par jour : dans ces limites, les minutes ne sont ni décomptées ni comptées en heures supplémentaires. La Súmula 366 du TST ajoutait qu’au-delà de ce seuil, c’est la période entière qui compte en heures supplémentaires, et non le seul excédent, mais le TST a annulé cette Súmula en juin 2025 (Resolução 225/2025), la jugeant dépassée par la réforme de 2017.

C’est le détail qui sanctionne l’arrondi. La tolérance se mesure sur les heures réelles de pointage, et un système qui arrondit discrètement chaque pointage au quart d’heure masque précisément les minutes dont parle la règle.

#Qui échappe au chapitre de la durée du travail

L’article 62 exclut trois catégories du chapitre sur la durée du travail, et donc des heures supplémentaires :

  • les salariés en déplacement dont les horaires ne peuvent réellement pas être contrôlés
  • les cadres disposant d’une autonomie réelle et d’un supplément de salaire
  • les télétravailleurs rémunérés à la production ou à la tâche, et non au temps

La troisième catégorie vient de la réforme de 2017 et a été précisée en 2022. Elle est plus étroite que ne le supposent les employeurs : un télétravailleur au salaire mensuel fixe dont on attend une disponibilité aux heures ouvrées n’est pas rémunéré à la tâche et reste dans le chapitre.

L’amendement constitutionnel 141/2026 ajoute une autre catégorie depuis sa publication le 16 octobre 2026 : les salariés diplômés de l’enseignement supérieur dont la rémunération mensuelle atteint au moins deux fois et demie le plafond des prestations du régime général de sécurité sociale échappent aux règles sur la durée du travail et le contrôle des horaires, sauf choix de l’employeur ou disposition d’un accord collectif. Leur repos hebdomadaire reste garanti.

#Pourquoi le relevé décide de l’affaire

C’est ce qui distingue le suivi du temps brésilien d’une simple obligation d’archivage.

Selon la Súmula 338 du Tribunal Superior do Trabalho, l’employeur tenu de conserver les relevés et qui ne les produit pas sans justification fait naître une présomption relative de véracité des horaires allégués par le salarié. Il peut la renverser par d’autres preuves, mais la charge a changé de camp. Le point III de la même Súmula va plus loin : des fiches de pointage aux horaires d’entrée et de sortie uniformes sont sans valeur probante, et la charge de la preuve des heures supplémentaires passe à l’employeur.

Le texte de la Súmula mentionne encore l’ancien seuil de 10 salariés, car il est antérieur à la modification de 2019 ; des décisions du TST appliquent le seuil de 20 aux périodes à partir du 20 septembre 2019, date d’entrée en vigueur de la Lei 13.874/2019.

Conséquence pratique : dans un pays où le contentieux prud’homal individuel est abondant, vos relevés ne sont pas de la paperasse de conformité. Ce sont vos pièces de défense. Des relevés complets, établis sur le moment et organisés par jour valent bien davantage qu’une reconstitution produite après l’assignation.

#Inspection et sanctions

Le contrôle suit deux voies.

Administrative. L'Auditor-Fiscal do Trabalho, rattaché au ministère du Travail et de l’Emploi, inspecte et dresse des procès-verbaux. Les amendes pour infraction au chapitre sur la durée du travail sont fixées par infraction, selon la nature, l’étendue et l’intention du manquement, et doublées en cas de récidive ou d’obstruction au contrôle (CLT, art. 75).

Judiciaire. La Justiça do Trabalho juge les demandes individuelles. C’est là que se situe généralement l’exposition la plus lourde, car les heures supplémentaires impayées entraînent des effets en cascade : elles alimentent le FGTS, le treizième mois, les congés et les cotisations sociales, si bien qu’une condamnation pour heures supplémentaires se limite rarement aux heures supplémentaires.

#Checklist pratique de conformité

  1. Comptez l’effectif par établissement et pour toute l’entreprise. Au-delà de 20 salariés, l’enregistrement est obligatoire, et la décision du TST de 2026 a retenu l’entreprise entière plutôt que la filiale.
  2. Choisissez le type d’enregistreur en connaissance de cause. REP-P si vous voulez du logiciel sans accord syndical ; REP-A seulement si vous disposez de la convention collective qui le soutient.
  3. Enregistrez des horaires réels. Des pointages identiques chaque jour nuisent davantage à la crédibilité du relevé qu’un relevé irrégulier.
  4. Surveillez le repos de 11 heures lorsque vous planifiez une fin tardive avant une prise de poste matinale.
  5. Rapprochez le banco de horas chaque mois et soldez dans les six ou douze mois selon l’instrument.
  6. Conservez des relevés consultables par salarié et par jour. C’est la forme que demandera le juge du travail.

#Questions fréquentes

Une application mobile est-elle une pointeuse légale au Brésil ? Seulement dans le cadre d’un système conforme, en général un REP-P au sens de la Portaria 671/2021 : un programme enregistré auprès de l’INPI, qui génère l’AFD avec signature numérique, remet au salarié un justificatif à chaque pointage et dispose de l’Atestado Técnico e Termo de Responsabilidade du développeur. Une application de suivi du temps généraliste, une application de notes ou un tableur ne se qualifient pas du seul fait qu’ils enregistrent des heures. Demandez directement à l’éditeur si son produit est un REP-P.

Faut-il un accord syndical pour utiliser un logiciel ? Pas pour le REP-P. L’exigence de convention collective vise le REP-A, le système alternatif. C’est le principal avantage pratique de la voie REP-P.

Et si nous avons 20 salariés ou moins ? L’enregistrement n’est pas obligatoire. Beaucoup de petites structures enregistrent tout de même, précisément à cause de la Súmula 338 : sans relevé, vous avez moins d’éléments pour renverser une allégation, même si vous n’aviez pas l’obligation de les produire.

Les télétravailleurs sont-ils exemptés d’heures supplémentaires ? Uniquement ceux réellement rémunérés à la production ou à la tâche au sens de l’article 62. Un télétravailleur au salaire fixe dont on attend une disponibilité relève du chapitre, et le suivi du temps des salariés à distance s’applique comme sur site.

Combien de temps conserver les relevés ? La CLT ne fixe pas de délai de conservation propre aux relevés de temps. Conservez-les au moins cinq ans : une action peut être introduite jusqu’à deux ans après la fin du contrat et porte sur les cinq années précédant son introduction (Constitution, art. 7, XXIX, et CLT, art. 11).

#Résumé

  • La limite est de 8 heures par jour et 44 par semaine, ramenée à 42 à la mi-décembre 2026 et à 40 à la mi-décembre 2027 (EC 141/2026), avec une majoration d’au moins 50 pour cent
  • Les heures supplémentaires sont plafonnées à 2 heures par jour ; le banco de horas diffère le paiement, pas l’obligation
  • 11 heures consécutives entre deux journées, 24 heures de repos hebdomadaire (deux jours à partir de la mi-décembre 2026) et une pause de 1 à 2 heures au-delà de 6 heures
  • L’enregistrement est obligatoire au-delà de 20 salariés par établissement, au titre de l’article 74 de la CLT
  • La Portaria 671/2021 reconnaît l’enregistreur logiciel (REP-P) sans convention collective, sous conditions techniques
  • Selon la Súmula 338 du TST, l’absence de relevé déplace la présomption vers les horaires allégués par le salarié

#Sources

#Pour aller plus loin

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