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ArG suisse : règles d’enregistrement du temps de travail

••Par Florian•8 min de lecture
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La Suisse n’est pas dans l’UE, mais sa législation sur le temps de travail est globalement compatible avec la directive européenne. L’Arbeitsgesetz (ArG, Loi sur le travail) de 1964 fixe des maxima hebdomadaires de 45 ou 50 heures selon la catégorie de travailleurs, avec des temps de repos quotidiens et hebdomadaires, des pauses, et une particularité suisse : trois modes d’enregistrement du temps de travail, dont une vereinfachte Arbeitszeiterfassung (enregistrement simplifié) qui fait l’objet de négociations depuis 2016.

Cet article explique les limites principales de l’ArG, les trois modes d’enregistrement (complet, simplifié, dispense), et les conditions d’application de chacun.

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#Référence rapide

RègleValeurRéférence
Durée maximale hebdomadaire (ouvriers industriels, employés de bureau, personnel technique, commerce de détail dans les grandes entreprises)45 heuresArG Art. 9(1)(a)
Durée maximale hebdomadaire (autres travailleurs)50 heuresArG Art. 9(1)(b)
Étendue journalière du temps de travail14 heures incluant les pausesArG Art. 10
Repos quotidien11 heures consécutivesArG Art. 15a
Repos hebdomadaireDimanche (avec exceptions)ArG Art. 18
Pauses15 min au-delà de 5,5 h de travail, 30 min au-delà de 7 h, 60 min au-delà de 9 hArG Art. 15
Congés payés annuels4 semaines (5 pour les moins de 20 ans)CO Art. 329a
Conservation des enregistrements5 ansArGV 1 Art. 73

#Le plafond hebdomadaire à deux niveaux

L’article 9(1) divise les travailleurs suisses en deux groupes :

  • Groupe A (45 heures par semaine) : ouvriers industriels, employés de bureau, personnel technique et autres salariés, ainsi que le personnel du commerce de détail dans les grandes entreprises
  • Groupe B (50 heures par semaine) : tous les autres (petit commerce, hôtellerie, artisanat, etc.)

La plupart des travailleurs intellectuels relèvent du Groupe A. Les secteurs de l’hôtellerie et de l’artisanat sont généralement dans le Groupe B.

Le maximum s’applique à chaque semaine. Un calcul en moyenne n’est admis que dans des cas étroits, par exemple jusqu’à 4 heures de plus pour les travailleurs soumis à 45 heures en semaine de cinq jours, tant que la moyenne sur quatre semaines respecte la limite (ArGV 1 Art. 22). Les dépassements prolongés ne peuvent être compensés que par des accords formels d’heures supplémentaires avec des conditions strictes.

#Heures supplémentaires : deux notions distinctes

La loi suisse distingue deux types d’heures supplémentaires juridiquement distincts : l’Überzeit statutaire et les Überstunden contractuelles.

#Articles 12/13 : Überzeit (heures supplémentaires statutaires)

Les heures au-delà du maximum hebdomadaire légal (45 ou 50) sont des Überzeit, régies par les règles impératives des articles 12 et 13 ArG. Elles sont soumises à des plafonds annuels :

  • Maximum 170 heures par an pour les travailleurs du Groupe A (semaine de 45 heures)
  • Maximum 140 heures par an pour les travailleurs du Groupe B (semaine de 50 heures)

Pour l’Überzeit, l’article 13 ArG impose une majoration de salaire d’au moins 25 %, que le contrat de travail ne peut donc pas exclure. Pour les employés de bureau, le personnel technique et les autres employés, y compris le personnel de vente des grandes entreprises du commerce de détail, la majoration n’est due que pour l’Überzeit dépassant 60 heures par année civile. Elle peut être compensée par un repos équivalent (1:1) uniquement avec l’accord du salarié ; l’employeur ne peut l’imposer unilatéralement.

#Code des obligations article 321c : Überstunden (heures supplémentaires contractuelles)

Les heures au-delà du temps de travail contractuellement convenu, mais toujours dans la limite du maximum légal hebdomadaire, sont des Überstunden, régies par l’article 321c du Code des obligations. Contrairement à l’Überzeit, ce régime est flexible par contrat : la majoration de 25 % peut être exclue par un accord écrit (ou par un contrat-type ou une convention collective de travail), et avec l’accord du travailleur les heures peuvent être compensées par un congé d’une durée au moins égale.

#Temps de repos (articles 15, 15a, 18)

  • Repos quotidien : 11 heures consécutives
  • Repos hebdomadaire : généralement le dimanche ; exceptions cantonales et sectorielles pour l’hôtellerie, le transport, la santé
  • Étendue : la présence totale journalière, pauses comprises, ne peut dépasser 14 heures

Le repos dominical est plus strictement observé en Suisse que dans une grande partie de l’UE. Les autorisations de travail le dimanche sont délivrées par l’autorité cantonale pour le travail dominical temporaire et par le SECO pour le travail dominical régulier ou durable, et uniquement dans des circonstances définies (ArG Art. 19).

#Pauses (article 15)

Trois paliers :

  • 15 minutes pour une journée de travail de plus de 5,5 heures
  • 30 minutes pour plus de 7 heures
  • 60 minutes pour plus de 9 heures

La pause doit être une véritable interruption.

#Les trois modes d’enregistrement

C’est ce qui distingue la loi suisse : il n’y a pas une seule obligation d’enregistrement, mais trois.

#Mode 1 : Enregistrement complet (standard)

Le mode par défaut. L’employeur enregistre, pour chaque travailleur, chaque jour :

  • Début et fin du temps de travail
  • Pauses de 30 minutes ou plus (moment et durée)
  • Total journalier
  • Total hebdomadaire
  • Heures supplémentaires effectuées

Les enregistrements sont conservés au moins 5 ans (ArGV 1 Art. 73). Ils doivent être tenus à la disposition des autorités d’exécution et de surveillance, comme les inspections cantonales du travail et le SECO (ArG Art. 46).

#Mode 2 : Enregistrement simplifié (article 73b ArGV 1)

Autorisé depuis 2016, sous conditions :

  • Le travailleur peut fixer lui-même une part importante de ses horaires de travail
  • Une base pour l’enregistrement simplifié existe : un accord entre l’employeur et la représentation des travailleurs de la branche ou de l’entreprise (ou, à défaut, la majorité des travailleurs de l’entreprise). Dans les entreprises de moins de 50 salariés, cela peut être convenu individuellement par écrit avec le travailleur, accompagné d’un entretien annuel de fin d’année sur la charge de travail
  • L’accord avec la représentation des travailleurs précise les catégories de travailleurs concernées, des dispositions particulières pour respecter les temps de travail et de repos, et une procédure paritaire de contrôle
  • L’enregistrement simplifié saisit toujours le total journalier du temps de travail, pas seulement des synthèses mensuelles

Un travailleur intellectuel typique avec des horaires flexibles peut opter pour le Mode 2, soit via un accord avec la représentation des travailleurs, soit dans une petite entreprise par un accord individuel écrit. L’enregistrement se limite au total d’heures journalières ; les pauses ne nécessitent plus d’être enregistrées séparément.

#Mode 3 : Pas d’enregistrement (article 73a ArGV 1)

Encore plus restrictif :

  • Le travailleur gagne plus de 120 000 CHF brut par an, bonus compris (au prorata en cas de temps partiel)
  • Le travailleur dispose d’une grande autonomie et fixe lui-même la majorité de ses horaires
  • Une CCT autorise explicitement la dispense
  • Le travailleur donne son consentement écrit (chaque partie peut le révoquer chaque année)

Le Mode 3 supprime seulement l’obligation d’enregistrer le temps de travail : les durées maximales, les pauses et les temps de repos continuent de s’appliquer. Il s’applique à une catégorie étroite de cadres supérieurs et reste controversé.

#Discussion en cours sur la réforme

L’assouplissement des règles sur le temps de travail fait toujours l’objet de débats politiques en Suisse. Depuis juillet 2023, l’ordonnance 2 permet aux entreprises de révision, de fiduciaire et de conseil fiscal de convenir d’un modèle de temps de travail annuel avec leurs cadres et spécialistes (ArGV 2 Art. 34a). En octobre 2026, deux autres propositions sont pendantes au Parlement : un projet sur le télétravail (initiative parlementaire 16.484) qui porterait l’étendue journalière de 14 à 17 heures et réduirait le repos quotidien de 11 à 9 heures pour les travailleurs qui fixent eux-mêmes une part importante de leurs horaires, et une motion (24.3779) visant à libérer largement les salariés gagnant 120 000 CHF ou plus des règles sur les temps de travail et de repos. Le Conseil national a approuvé les deux ; le Conseil des États ne s’est pas encore prononcé. Les employeurs doivent suivre les évolutions mais se conformer aux règles en vigueur.

#Catégories particulières

#Jeunes travailleurs (ArGV 5)

Les travailleurs de moins de 18 ans sont soumis à une ordonnance spécifique :

  • 9 heures par jour au maximum, dans un intervalle de 12 heures pauses comprises
  • 12 heures de repos quotidien
  • Limites plus strictes pour les jeunes en âge scolaire, par exemple 3 heures par jour et 9 par semaine pendant la période scolaire
  • Interdiction du travail de nuit (avec exceptions très limitées pour la formation professionnelle)

#Travailleuses enceintes

Les femmes enceintes et les mères qui allaitent ne peuvent pas être occupées au-delà de la durée ordinaire convenue de la journée de travail, et en aucun cas plus de 9 heures par jour (ArGV 1 Art. 60). Des obligations spécifiques de repos et d’évaluation des risques s’appliquent.

#Cadres supérieurs

Un véritable cadre supérieur (personne disposant d’un pouvoir décisionnel autonome équivalent à un membre du conseil d’administration) peut être exempté de l’ArG selon l’article 3, mais ses règles de protection de la santé restent applicables (art. 3a). Cette exemption est très restrictive.

#Contrôle et sanctions

Le SECO (Secrétariat d’État à l’économie) supervise l’application au niveau fédéral. Les inspections sont majoritairement réalisées par les offices cantonaux du travail (par exemple AWI Zurich, OCIRT Genève).

Sanctions selon les articles 59 à 61 ArG :

InfractionSanction
Violation intentionnelle des règles sur la durée du travail et du repos (la négligence n’est pas punissable ici)Peine pécuniaire de 180 jours-amende au plus (jusqu’à 3 000 CHF chacun)
Violation intentionnelle ou par négligence de la protection de la santé ou de la protection spéciale des jeunes et des femmes enceintesPeine pécuniaire de 180 jours-amende au plus
Non-respect d’une décision de l’autorité cantonaleAmende, mesures d’exécution et, dans les cas graves, fermeture de l’entreprise pour une durée déterminée (art. 51, 52)

Les autorités cantonales peuvent aussi prendre des mesures administratives (par exemple retrait des autorisations de travail dominical) qui peuvent être plus préjudiciables que l’amende.

#Checklist pratique de conformité

  1. Classer correctement chaque travailleur en Groupe A ou B. La mauvaise classification est une erreur fréquente et coûteuse.
  2. Choisir le bon mode d’enregistrement. Par défaut, Mode 1 (enregistrement complet) sauf si les conditions des Modes 2 ou 3 sont clairement remplies.
  3. Documenter le choix du mode d’enregistrement. Conserver les accords écrits pour les Modes 2 ou 3, et documenter l’entretien annuel sur la charge de travail pour les accords individuels du Mode 2.
  4. Planifier le repos dominical. Le travail le dimanche est soumis à autorisation ; ne pas supposer qu’il est permis.
  5. Respecter le repos quotidien de 11 heures et l’étendue de 14 heures. Ce sont des plafonds stricts.
  6. Conserver les enregistrements pendant 5 ans. ArGV 1 Art. 73 est impératif.

#Questions fréquentes

Les cadres supérieurs sont-ils exemptés ?
Seuls ceux disposant d’une autonomie réelle et d’un pouvoir équivalent à un conseil d’administration. Les cadres intermédiaires ne sont pas exemptés.

Peut-on utiliser le Mode 2 sans CCT ?
Oui. L’enregistrement simplifié n’exige jamais de CCT (seule la dispense du Mode 3 en exige une). Il faut un accord entre l’employeur et la représentation des travailleurs de la branche ou de l’entreprise ou, à défaut, la majorité des travailleurs de l’entreprise. Dans les entreprises de moins de 50 salariés, il peut aussi être convenu individuellement par écrit avec chaque travailleur (plus un entretien annuel sur la charge de travail).

Le repos dominical s’applique-t-il au télétravail ?
Oui. Le télétravail le dimanche est considéré comme travail dominical et nécessite la même base d’autorisation.

Quelle est la différence entre Groupe A et Groupe B ?
Les travailleurs du Groupe A (industrie, bureau, technique, commerce de détail dans les grandes entreprises) ont un plafond de 45 heures ; ceux du Groupe B ont 50 heures. La classification dépend du type d’employeur et de la catégorie de travailleurs, pas de la préférence du salarié.

Les jours fériés sont-ils distincts des 4 semaines de congés ?
Oui. La Suisse compte 1 jour férié fédéral (1er août), et chaque canton peut assimiler au dimanche au plus 8 autres jours fériés par an (ArG Art. 20a). Ils sont distincts des 4 semaines de congés légaux.

#Résumé

  • L’Arbeitsgesetz fixe un plafond de 45 heures pour les employés de bureau et industriels, 50 heures pour les autres
  • Trois modes d’enregistrement : complet (par défaut), simplifié (Mode 2, par accord avec la représentation des travailleurs ou, dans les petites entreprises, accord individuel écrit), pas d’enregistrement (Mode 3, nécessite 120 000 CHF+ et CCT)
  • 11 heures de repos quotidien ; repos dominical avec exceptions cantonales
  • Pauses graduées à 15/30/60 minutes
  • Plafonds annuels d’heures supplémentaires à 170 h (Groupe A) ou 140 h (Groupe B)
  • SECO et inspections cantonales appliquent la loi ; peine pécuniaire de 180 jours-amende au plus pour violation intentionnelle

#Sources

#Pour aller plus loin

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Cet article fournit des informations générales et ne constitue pas un avis juridique. Vérifiez les textes et règles applicables à votre situation.

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