La législation australienne sur le temps de travail est régie par le Fair Work Act 2009 et ses règlements d’application, complétés par un système de conventions collectives (awards) et accords d’entreprise qui précisent les détails propres à chaque secteur. Le cadre principal est constitué par les Normes Nationales d’Emploi (NES), qui s’appliquent à la plupart des salariés, qu’ils soient couverts ou non par une convention collective. Parmi ces normes figure la semaine de travail de 38 heures, un chiffre apparemment simple mais assorti de la notion plus flexible d’« heures supplémentaires raisonnables ».
Cet article explique les limites fixées par les NES, comment les conventions collectives et accords d’entreprise interagissent, ce que l’Ombudsman Fair Work attend en matière de tenue des registres, et comment les réformes de 2023 « Closing Loopholes » ont renforcé le dispositif.
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Référence rapide
| Règle | Valeur | Référence |
|---|---|---|
| Durée maximale hebdomadaire (temps plein) | 38 heures + « heures supplémentaires raisonnables » | FW Act art. 62 |
| Maximum journalier | Pas de plafond fédéral (défini par convention/accord) | (aucune) |
| Repos quotidien | Non spécifié au niveau fédéral (défini par convention/accord) | (aucune) |
| Repos hebdomadaire | Non spécifié au niveau fédéral (défini par convention/accord) | (aucune) |
| Durée minimale des pauses | Conventions collectives et accords d’entreprise | (variable) |
| Congés annuels payés | 4 semaines (5 semaines pour les travailleurs postés) | FW Act art. 87 |
| Congés personnels/de proche aidant | 10 jours par an | FW Act art. 96 |
| Jours fériés | 8 jours nationaux + jours fériés d’État | FW Act art. 115 |
| Conservation des registres | 7 ans | FW Act art. 535 |
| Sanctions civiles | Jusqu’à 21 840 AUD (individus), 546 000 AUD (entreprises de 15 salariés ou plus) par infraction | FW Act art. 539 et 546 |
Les Normes Nationales d’Emploi
Les NES (Partie 2-2 du Fair Work Act) définissent les droits minimaux applicables à tous les salariés du système national. Elles comprennent 12 normes :
- Durée maximale de 38 heures par semaine
- Droit de demander des aménagements flexibles du travail
- Conversion des contrats occasionnels en permanents
- Congé parental et droits associés
- Congés annuels
- Congés personnels/de proche aidant, congé compassionnel, congé pour violences familiales
- Congé pour service communautaire
- Congé de longue durée
- Jours fériés
- Cotisations de retraite (superannuation)
- Préavis de licenciement et indemnités de licenciement
- Déclaration d’information Fair Work et déclaration d’information sur l’emploi occasionnel
Pour le suivi du temps, les points 1, 5, 6, 8 et 9 sont les plus importants.
La semaine de 38 heures et les « heures supplémentaires raisonnables »
L’article 62 du Fair Work Act fixe la limite à 38 heures par semaine pour les salariés à temps plein et, pour les autres, au plus petit de ces deux chiffres : 38 heures ou leur durée normale hebdomadaire. Mais ce même article autorise des « heures supplémentaires raisonnables » et énumère les facteurs qui permettent d’en juger.
Les facteurs pris en compte pour juger de la raisonnabilité :
- Tout risque pour la santé et la sécurité du salarié
- Les circonstances personnelles du salarié (responsabilités familiales, etc.)
- Les besoins du lieu de travail
- Le fait que le salarié perçoive une rémunération des heures supplémentaires, des majorations ou une autre compensation (ou un salaire qui tient déjà compte de ces heures)
- Le préavis donné pour les heures supplémentaires
- Les habitudes de travail dans le secteur
- La nature du poste occupé
En pratique, la semaine de 38 heures est la base ; les conventions collectives et accords d’entreprise définissent le déclenchement et la majoration des heures supplémentaires. Les conventions déclenchent généralement les heures supplémentaires au-delà de la durée normale hebdomadaire (38 heures, ou 38 heures en moyenne), au-delà du maximum journalier d’heures normales fixé par la convention, ou en dehors de la plage horaire où les heures normales peuvent être effectuées (par exemple de 7 h à 19 h).
Conventions collectives et accords d’entreprise
L’Australie compte environ 120 conventions collectives modernes couvrant divers secteurs et métiers. Une convention précise généralement :
- Les heures normales de travail (habituellement 38 heures par semaine, pouvant être moyennées)
- La plage horaire journalière et ses limites
- Les durées minimales des pauses
- Les déclencheurs et taux des heures supplémentaires (généralement 1,5x pour les 2 ou 3 premières heures, 2x ensuite)
- Les taux de majoration (samedi, dimanche, jours fériés, nuit)
- Les indemnités diverses
Les accords d’entreprise (EA) sont négociés au niveau de l’entreprise et remplacent la convention pour les salariés qu’ils couvrent, à condition de réussir le test « Better Off Overall Test » (BOOT).
Pour les salariés non couverts ni par une convention ni par un accord, les NES et le salaire minimum national (26,44 AUD de l’heure depuis le 1er juillet 2026) s’appliquent directement. La plupart des salariés sont toutefois couverts par une convention.
Les pauses selon le Fair Work Act
C’est souvent une surprise : les Normes Nationales d’Emploi ne fixent aucune pause repas ou repos. Le Fair Work Act ne précise ni la durée ni le moment des pauses déjeuner. Les droits aux pauses proviennent de la convention collective, de l’accord d’entreprise ou du contrat de travail applicable.
C’est pourquoi il n’y a pas de réponse unique à la question « quelle est la durée d’une pause selon Fair Work ? ». Cela dépend de la convention. Ce que les conventions ont en commun :
- Les pauses repas sont généralement non rémunérées, souvent d’au moins 30 minutes, et dues après environ 5 heures de travail. Comme elles ne sont pas payées, elles ne comptent pas comme temps travaillé.
- Les pauses repos (appelées souvent pauses café ou thé) sont généralement rémunérées et durent environ 10 minutes chacune, leur nombre dépendant de la durée du poste. Étant payées, elles comptent comme temps travaillé.
- Travailler pendant une pause n’est pas automatiquement autorisé. Beaucoup de conventions exigent un taux majoré ou paiement aux taux d’heures supplémentaires si un salarié est contraint de travailler pendant une pause repas ou ne la prend pas à l’heure prévue.
Conséquences pratiques pour le suivi du temps :
- Consultez la clause pause dans votre convention et considérez-la comme la référence. Deux salariés dans le même bureau mais sous des conventions différentes peuvent avoir des droits aux pauses différents.
- Enregistrez séparément les pauses payées et non payées. Une pause repas non payée doit être déduite des heures rémunérées ; une pause repos payée ne l’est pas. Ne suivre qu’une heure de début et de fin masque cette différence.
- Conservez les preuves. Si un salarié prétend ultérieurement ne pas avoir eu sa pause repas, le registre des pauses prises est la preuve. Voir comment suivre les pauses et les heures réelles de travail pour les méthodes, y compris les règles automatiques de pause qui insèrent une pause non payée après une période de travail continue.
Congés annuels (article 87)
- 4 semaines de congés payés par an d’ancienneté
- 5 semaines pour les travailleurs postés au sens de la convention ou de l’accord
- Acquisition progressive
- Conversion en argent possible seulement si la convention ou l’accord le prévoit (c’est le cas de la plupart des conventions, sous conditions, par exemple conserver au moins 4 semaines de congés)
La majoration des congés annuels (généralement 17,5 %) est versée en plus du salaire normal pendant les congés selon de nombreuses conventions.
Congés personnels/de proche aidant (article 96)
10 jours par an de congé personnel payé, acquis progressivement. Utilisable pour :
- Maladie ou blessure personnelle
- Soins à un membre proche de la famille ou du foyer malade ou blessé
- Urgence familiale
Le droit d’accès est large, mais l’employeur peut demander un justificatif, comme un certificat médical ou une déclaration sur l’honneur (statutory declaration), même pour une absence d’un jour ou moins (art. 107).
Congé de longue durée
Un droit propre à l’Australie. Après 7 à 10 ans de service continu chez un même employeur (selon l’État ou le territoire), le salarié a droit à un congé de longue durée payé, par exemple environ 6 semaines après 7 ans dans l’État de Victoria ou 13 semaines après 10 ans en Australie-Méridionale. Ce congé est principalement régi par la législation d’État, non par le Fair Work Act.
Tenue des registres (Fair Work Regulations 3.31 à 3.44)
Les règlements Fair Work précisent ce que l’employeur doit enregistrer :
Registres généraux :
- Nom de l’employeur et du salarié
- Numéro d’entreprise australien (ABN) de l’employeur
- Type d’emploi (temps plein ou temps partiel ; permanent, temporaire ou occasionnel)
- Date d’embauche
Registres de paie :
- Taux de rémunération
- Montants bruts et nets versés
- Déductions
- Majorations, primes et indemnités
Registres des heures :
- Heures travaillées par les salariés occasionnels et à temps partiel irrégulier payés au temps
- Heures supplémentaires effectuées chaque jour, ou leurs heures de début et de fin, lorsqu’elles donnent lieu à une majoration
- Copie de tout accord écrit de calcul des horaires en moyenne
Registres des congés :
- Congés annuels pris, solde, paiement
- Congés personnels pris, solde
- Autres catégories de congés
Autres registres :
- Cotisations de retraite (montant, période, dates de versement et fonds)
- Accords individuels de flexibilité, garanties de revenu annuel et mode de fin du contrat
Les registres doivent être conservés pendant 7 ans (article 535 de la loi). L’Ombudsman Fair Work dispose d’un droit d’inspection complet.
CCOO et l’Australie
L’Australie n’est pas liée par la décision européenne CCOO. Mais la culture australienne de conformité a évolué dans la même direction : la loi de 2017 sur la protection des travailleurs vulnérables (Protecting Vulnerable Workers Act) a doublé les sanctions maximales pour les manquements à la tenue des registres et aux bulletins de paie (alors 12 600 AUD par infraction pour les individus et 63 000 AUD pour les personnes morales ; aujourd’hui 21 840 AUD et jusqu’à 546 000 AUD) et oblige l’employeur qui n’a pas les registres requis à réfuter en justice les réclamations salariales, faisant des registres manquants ou faux un risque sérieux.
Réformes « Closing Loopholes » de 2023
Les lois Fair Work Legislation Amendment (Closing Loopholes) Act 2023 (n° 1) et Fair Work Legislation Amendment (Closing Loopholes No. 2) Act 2024 ont ajouté plusieurs mesures :
- Droit à la déconnexion (en vigueur depuis le 26 août 2024, et depuis le 26 août 2025 pour les petites entreprises) : les salariés peuvent refuser de surveiller, lire ou répondre aux communications professionnelles hors heures de travail, sauf si ce refus est déraisonnable
- Même travail, même rémunération : sur demande, la Fair Work Commission peut ordonner que les travailleurs intérimaires perçoivent au moins le taux prévu par l’accord d’entreprise de l’entreprise utilisatrice
- Redéfinition du travail occasionnel (depuis le 26 août 2024) : définition plus stricte avec droits à conversion
- Criminalisation du vol de salaire : le non-paiement intentionnel est un délit pénal depuis le 1er janvier 2025, avec jusqu’à 10 ans de prison pour les personnes physiques
Le droit à la déconnexion n’interdit pas les contacts hors heures, mais donne au salarié le droit de refuser, sauf si ce refus est déraisonnable. Cela dépend de facteurs comme le motif du contact, la gêne qu’il cause, le fait que le salarié soit payé pour être disponible ou pour des heures supplémentaires, son poste et sa situation personnelle.
Contrôle et sanctions
L’Ombudsman Fair Work (FWO) est l’autorité fédérale chargée de l’application. Les commissions des relations industrielles des États traitent les salariés hors système national.
Sanctions civiles maximales par infraction selon les articles 539 et 546, pour les infractions commises depuis le 1er juillet 2026 (une unité de pénalité vaut 364 AUD) :
| Infraction | Sanction maximale |
|---|---|
| Infraction standard (individu) | 21 840 AUD (60 unités de pénalité) |
| Infraction standard (personne morale) | 109 200 AUD (moins de 15 salariés) ; 546 000 AUD, ou 3 fois le sous-paiement si ce montant est plus élevé (15 salariés ou plus) |
| Violation grave (individu) | 218 400 AUD |
| Violation grave (personne morale) | 1 092 000 AUD (moins de 15 salariés) ; 5 460 000 AUD (15 salariés ou plus) |
| Vol de salaire (intentionnel, depuis le 1er janvier 2025) | Pénal : jusqu’à 10 ans de prison (personnes physiques) ; amendes jusqu’à 1,82 million AUD (personnes physiques) ou 9,1 millions AUD (entreprises), ou 3 fois le sous-paiement si ce montant est plus élevé |
Les montants plus élevés pour les entreprises de 15 salariés ou plus s’appliquent aux manquements aux NES, aux conventions, aux accords d’entreprise et aux règles de tenue des registres et de bulletins de paie (cinq fois le maximum antérieur depuis le 27 février 2024 ; l’option de 3 fois le sous-paiement depuis le 1er janvier 2025). Une violation est grave lorsqu’elle est commise sciemment ou par imprudence. Les manquements à une même disposition qui découlent d’une seule ligne de conduite sont en général traités comme une seule infraction (art. 557), et le tribunal peut ordonner le paiement des salaires dus en plus de la sanction.
Liste de contrôle pratique de conformité
- Identifier la convention collective ou l’accord d’entreprise applicable. La plupart des salariés sont couverts par une convention.
- Suivre séparément les heures normales et les heures supplémentaires. Les majorations diffèrent.
- Appliquer les taux majorés pour week-ends, nuits et jours fériés. Selon la convention.
- Respecter le droit à la déconnexion. Documenter les attentes et la politique de contact hors heures.
- Conserver tous les registres pendant 7 ans. Obligatoire selon l’article 535 du Fair Work Act.
- Auditer annuellement les sous-paiements. Le sous-paiement intentionnel est un délit pénal depuis le 1er janvier 2025.
Questions fréquentes
Quelle est la durée d’une pause selon le Fair Work Act ?
Le Fair Work Act ne fixe aucune durée. Les pauses sont définies par la convention collective ou l’accord d’entreprise applicable. La plupart prévoient une pause repas non payée d’au moins 30 minutes, généralement après environ 5 heures de travail, et souvent des pauses repos payées d’environ 10 minutes. Vérifiez la clause pause dans votre propre convention, car la durée, le moment et la rémunération varient.
Les feuilles de temps sont-elles obligatoires en Australie ?
Aucune loi n’impose un document appelé « feuille de temps », mais l’article 535 du Fair Work Act et les règlements Fair Work 3.31 à 3.44 obligent les employeurs à conserver des registres pendant 7 ans, notamment les heures travaillées par les salariés occasionnels et à temps partiel irrégulier et, lorsque les heures supplémentaires donnent lieu à une majoration, les heures supplémentaires de chaque jour ou leurs heures de début et de fin. La feuille de temps est simplement la méthode habituelle pour respecter cette obligation. L’Ombudsman Fair Work peut inspecter ces registres, et l’absence ou la falsification de registres entraîne des sanctions indépendantes des sous-paiements.
Les travailleurs occasionnels sont-ils couverts par les NES ?
Seulement certaines. Les occasionnels ont par exemple droit au congé de proche aidant et au congé compassionnel non payés, au congé payé pour violences familiales et au congé non payé pour service communautaire, mais pas aux congés annuels payés ni au congé personnel payé. Les occasionnels perçoivent une majoration (généralement 25 %) en compensation.
Les travailleurs indépendants sont-ils couverts ?
Les vrais travailleurs indépendants sont exclus des NES ; ils suivent généralement leurs heures pour facturation via un outil de suivi des heures pour indépendants. Présenter un salarié comme un indépendant (sham contracting) est interdit par l’article 357 du Fair Work Act, et depuis le 26 août 2024 la loi examine en général la réalité de l’ensemble de la relation de travail, pas seulement le contrat écrit.
Qu’en est-il des salariés à hauts revenus ?
Les NES s’appliquent à tous les salariés du système national. Le seuil de hauts revenus (190 100 AUD depuis le 1er juillet 2026, indexé chaque année) détermine si une convention collective moderne s’applique, mais pas les NES : la convention cesse de s’appliquer au salarié dont l’employeur garantit par écrit un revenu annuel supérieur au seuil.
Les jours fériés sont-ils payés ?
Oui, si les heures normales du salarié tombent ce jour-là : il perçoit son salaire de base pour ces heures (art. 116). Un occasionnel qui n’est pas planifié ce jour-là n’est pas payé. Le travail les jours fériés donne généralement droit à des taux majorés fixés par la convention (souvent entre 2,25x et 2,5x).
Le droit à la déconnexion s’applique-t-il à tous les salariés ?
Il s’applique à tous les salariés du système national : depuis le 26 août 2024 dans les entreprises de 15 salariés ou plus, et depuis le 26 août 2025 dans les petites entreprises de moins de 15 salariés.
Résumé
- Le Fair Work Act 2009 fixe les NES avec une semaine de 38 heures plus « heures supplémentaires raisonnables »
- Les conventions collectives et accords d’entreprise précisent les règles d’heures supplémentaires et de pauses ; les NES ne fixent pas de pauses repas ou repos
- 4 semaines de congés annuels (5 pour les postés), 10 jours de congés personnels, jours fériés payés
- Conservation des registres pendant 7 ans ; sanctions civiles par violation grave jusqu’à 218 400 AUD (individus) ou 5 460 000 AUD (entreprises de 15 salariés ou plus)
- Droit à la déconnexion depuis 2024 ; criminalisation du vol de salaire en 2025
- L’Ombudsman Fair Work assure le contrôle
Sources
- Fair Work Act 2009 sur legislation.gov.au
- Fair Work Regulations 2009
- Ombudsman Fair Work
- Fair Work Legislation Amendment (Closing Loopholes) Act 2023 et Fair Work Legislation Amendment (Closing Loopholes No. 2) Act 2024
Pour aller plus loin
- Organisation of Working Time Act 1997 en Irlande pour un système de common law différent
- Temps de travail en Nouvelle-Zélande et l’Employment Leave Act pour le voisin le plus proche, qui n’a aucun plafond horaire
- Les codes du travail indiens : heures et registres pour un autre système où l’instrument sous la loi porte le détail
Cet article fournit des informations générales et ne constitue pas un avis juridique. Vérifiez les textes et règles applicables à votre situation.